En trente années de développement, DIMO Software a suivi une trajectoire singulière dans le paysage technologique français. Créée à l’initiative de six associés devenus entrepreneurs presque par hasard, l’entreprise a progressivement construit un groupe international tout en conservant une gouvernance collective et une forte exigence culturelle. Lors d’un entretien accordé à C-Lever, Jean-Paul Genoux revient sur les enseignements de cette aventure entrepreneuriale, les choix stratégiques qui ont façonné DIMO Software et sa conviction profonde : la croissance durable est avant tout une affaire de confiance, de collectif et de constance.
Les fondations d’une aventure entrepreneuriale collective
Tout commence en 1995 lorsqu’une agence régionale est invitée à devenir indépendante. Parmi les douze collaborateurs concernés, six décident de reprendre l’activité et de créer ce qui deviendra DIMO Software : Guillaume, Jean-Paul, Pascal, Gilles, Christophe et Pascale. Loin d’un projet entrepreneurial mûrement préparé, cette décision constitue avant tout une opportunité saisie collectivement. Trente ans plus tard, cette aventure fondatrice reste l’un des marqueurs de l’identité de DIMO : une gouvernance partagée entre associés, fondée sur la confiance et la recherche du consensus.
Avec le recul, Jean-Paul identifie la chance comme un facteur décisif du parcours de l’entreprise. Mais pour lui, la réussite tient surtout à la capacité à se mettre en mouvement lorsque l’opportunité se présente.
Comme il le résume simplement :
90 % de tes peurs ne se réaliseront pas.
Cette philosophie d’action demeure aujourd’hui encore un fil conducteur de son approche du leadership.
Une croissance construite par l’apprentissage et les petits paris
Contrairement à de nombreuses entreprises technologiques, DIMO Software ne s’est pas développée à travers un pari unique ou une stratégie de rupture.
Au fil des années, le groupe a lancé de nouvelles activités, réalisé neuf acquisitions et développé sa présence à l’international, notamment au Canada, en Irlande et au Royaume-Uni.
Pour autant, Jean-Paul Genoux revendique une approche prudente de la croissance :
Pas de gros paris, des petits paris réussis, pour la plupart
Cette logique s’est accompagnée d’une forte discipline financière. La majorité des développements de l’entreprise a été autofinancée, contribuant à préserver son autonomie stratégique.
Les acquisitions ont également constitué une source importante d’apprentissage. Certaines ont été particulièrement réussies. D’autres ont rappelé l’importance de conserver les compétences clés derrière les technologies acquises. L’expérience d’un rachat logiciel sans ses équipes restera, selon lui, l’une des erreurs majeures du parcours de DIMO Software.
Pourquoi le collectif est devenu un avantage concurrentiel
L’un des traits distinctifs de DIMO Software réside dans sa gouvernance.
Depuis sa création, les six associés historiques partagent le capital et prennent les décisions stratégiques de manière collective. Une organisation souvent présentée comme difficile à maintenir dans la durée mais qui constitue, selon Jean-Paul, l’une des raisons du succès du groupe.
Le principe est simple : les décisions majeures sont prises à l’unanimité.
Cette méthode ralentit parfois certaines orientations, mais elle garantit une forte cohésion et une confiance durable entre associés. Trente ans après la création de l’entreprise, ce fonctionnement reste en place.
Cette culture du collectif se retrouve également dans la gestion des équipes.
Personne ne doit être indispensable.
Une stratégie construite avec l’ensemble de l’écosystème
L’autre particularité de DIMO Software réside dans sa méthode d’élaboration de la stratégie.
L’entreprise s’appuie depuis de nombreuses années sur une démarche de « vision partagée » associant dirigeants, managers, collaborateurs, clients et partenaires.
Cette approche collaborative vise à construire une vision alignée sur les réalités du terrain, mais aussi sur les attentes de l’écosystème dans lequel évolue l’entreprise.
Pour Jean-Paul, la cohérence entre les valeurs affichées et les comportements réels constitue un impératif de gouvernance.
La confiance, l’alignement et la transparence sont ainsi régulièrement réinterrogés avant d’être traduits en objectifs opérationnels et en plans d’action.
Cette capacité à embarquer largement les parties prenantes apparaît aujourd’hui comme un levier stratégique différenciant dans un environnement marqué par l’incertitude.
Préserver la culture d’entreprise dans les moments décisifs
L’un des épisodes les plus marquants de l’histoire récente de DIMO Software reste la disparition de Guillaume Mulliez, président de l’entreprise et l’un de ses six associés fondateurs. Il a contribué pendant près de trente ans au développement de DIMO Software et à sa gouvernance collective.
Son engagement dépassait également le cadre de l’entreprise. Très impliqué dans la vie économique et entrepreneuriale, Guillaume Mulliez a participé à de nombreuses initiatives en faveur de l’entrepreneuriat, de l’innovation et du développement des entreprises. Parmi ses différents engagements, la présidence de 60 000 Rebonds demeure l’un des plus emblématiques. À la tête de cette association nationale dédiée à l’accompagnement des entrepreneurs confrontés à l’échec, il a contribué à son développement et à son rayonnement dans toute la France. Profondément attaché à la région lyonnaise, qu’il considérait comme une terre d’entrepreneuriat et d’innovation, il y a laissé une empreinte durable.
Cette disparition a constitué une épreuve importante pour les équipes et les associés fondateurs. Elle a également rappelé la solidité du modèle collectif construit depuis l’origine et la capacité de l’entreprise à poursuivre son développement en restant fidèle à ses valeurs.
Trente ans après sa création, DIMO Software continue de s’appuyer sur cette gouvernance construite dans la durée. Plusieurs fondateurs demeurent encore aujourd’hui engagés dans les instances de direction ou de gouvernance du groupe.
Au-delà de ses responsabilités au sein de DIMO Software, Jean-Paul Genoux poursuit son engagement au service de l’écosystème numérique et entrepreneurial. Coprésident de Digital League et coprésident de l’école 42 Lyon Auvergne-Rhône-Alpes, il contribue aux réflexions sur les compétences, la formation et le développement de la filière numérique, en lien étroit avec les enjeux d’attractivité et de transformation des entreprises.
L’histoire de DIMO Software montre qu’il existe une autre manière de construire et de développer une entreprise. Plutôt qu’une succession de paris audacieux ou une concentration des décisions autour de quelques individus, le groupe a privilégié la constance, la confiance et la complémentarité des équipes. Au fil des années, la gouvernance partagée, l’autofinancement et la recherche d’un alignement durable entre les valeurs et les actions ont constitué les véritables moteurs de sa croissance.
À travers les propos de Jean-Paul Genoux, c’est finalement la culture de DIMO qui s’exprime : une entreprise où la réussite se construit collectivement, où personne n’est indispensable et où les décisions importantes reposent autant sur la cohésion que sur l’ambition. Dans un contexte économique en mutation permanente, cette philosophie rappelle qu’une croissance durable repose avant tout sur la confiance, la cohésion et la capacité d’un collectif à avancer dans une même direction.
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